Bayonne : le retour promis de la passerelle mais pas de nouveau pont routier

Chose promise chose due : les Bayonnais retrouveront bientôt leur traversée piétonne de l’Adour entre Resplandy et Alsace-Lorraine, disparue avec l’ancien pont ferroviaire. Quant à un éventuel nouveau pont routier, on n’en entendra plus parler. Chiche !?

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La passerelle en bordure du nouveau pont ferroviaire, séparés par un mur anti-bruit (vue depuis la rive gauche – rue Gustave Eiffel – Mousserolles)

Depuis la fin de celui qu’on appelait (à tort) le “pont Eiffel”, il était obligatoire pour les piétons et vélos de faire un long détour pour changer de rive. Depuis sa construction en 1864, ce pont à deux étages permettait non seulement la traversée des trains, mais aussi celle des voitures (originellement des charrettes) et des piétons, vélos, et animaux en tous genres…

C’est pourquoi Réseaux Ferrés de France a royalement (!) consenti, dans son projet de remplacement de l’ancien pont multimodal, une passerelle de 2 mètres 50 de large dont il faut ôter la largeur des pieds de lampadaires, ce qui réduit la largeur utilisable à 2 mètres. À opposer aux deux voies voiture et du trottoir que comportait leur ancien ouvrage…

RFF y gagnant largement au change (quelles furent les contreparties du renoncement au remplacement de la voie voitures ?), l’opérateur aurait pu faire un effort supplémentaire. Ou la ville l’exiger. Car Bayonne est associée au projet depuis les années 90, sous Jean Grenet, et avec déjà l’actuel maire au Conseil Municipal. L’architecte choisi fut Jean-Vincent Berlottier, le même que pour le “pont rouge” Henri Grenet.

“Un grand chantier, qui a connu quelques vicissitudes” (J.-R. Etchegaray)

Le 5 mai 2012 catastrophe : un morceau du tablier, lourd de plusieurs centaines de tonnes, bascule sur sa pile et chute dans l'Adour, heureusement sans provoquer de victime

Le 5 mai 2012, catastrophe : un morceau du tablier, pesant plusieurs centaines de tonnes, bascule sur sa pile et chute dans l’Adour, heureusement sans provoquer de victime

Désormais, c’est au tour de la ville de Bayonne de jouer, pour raccorder l’ouvrage sur les deux rives et aménager les accès. “Jusque-là, l’approche des viaducs ferroviaires n’avait pas de vrai caractère d’aménagement urbain” fait remarquer Jean-René Etchegaray. Cette fois, c’est donc le contraire. Et pour un budget prévisionnel de 710 000 € hors taxes, cofinancé grâce au Grenelle de l’Environnement par l’Union Européenne (via le Feder), l’État, la Région Aquitaine et le département des Pyrénées-Atlantiques, les attentes en la matière seront grandes.

L'accès à la passerelle s'effectuera boulevard Alsace-Lorraine, en face de la maison d'arrêt

L’accès à la passerelle s’effectuera boulevard Alsace-Lorraine, en face de la maison d’arrêt

Tout d’abord, il faut un boulevard Alsace-Lorraine “de qualité”. Et pour commencer, quitte à refaire le viaduc au dessus du boulevard, autant l’élargir ! À la demande de la ville, et moyennant une petite rallonge de 300 000 € pour RFF (décidément bien ingrate, mais il est vrai que ce n’est pas la LGV…), l’ouverture sous la voie est passée de 9 à 18 mètres, donnant enfin un peu d’espace à autre chose que les voitures et camions.

L’aménagement de la rive droite à proprement parler consiste donc en une butte (celle qui soutenait la voie qui empruntait l’ancien pont) parcourue par deux pentes de rampes (une douce qui zigzague, et une plus abrupte qui monte directement) et deux séries d’escaliers. La vue d’artiste que fournit l’architecte donne une idée.

Le talus sera réaménagé en terrasses, avec une rampe et des escaliers (image Ville de Bayonne)

Le talus sera réaménagé en terrasses, avec une rampe et des escaliers

Au sommet, un square avec des bancs offrira un superbe panorama sur le fleuve.

À l'emplacement de la première pierre, bientôt un square avec vue sur l'Adour !

À l’emplacement de la première pierre, bientôt un square avec vue sur l’Adour !

Une bien belle vue pour le futur square

Une bien belle vue pour le futur square

La pile de l’ancien pont ferroviaire supportera les aménagements rive droite

Côté quai Bergeret, la pile de l’ancien pont supportera une terrasse à mi-hauteur, avec une cascade de deux escaliers menant vers la berge et vers le sommet.

Rive gauche

Côté Mousserolles (rive gauche donc, essayez de suivre), se posait un problème. En effet, les rampes de l’accès nord (rive droite) n’ont pas pour seule fonction de rendre la promenade agréable, on s’en doute bien, mais aussi et surtout celle de permettre une traversée facile aux personnes à mobilité réduite, en fauteuil ou même à vélo ! Et qu’on ne voie pas là l’unique effet de la bonté municipale, mais bel et bien celui des normes qui rendent désormais l’accessibilité de ces aménagements obligatoire.

Du coup, on en profite pour dire qu’on case (à moindre frais, aucun aménagement ne leur étant spécifique) les vélos de la Véloroute Pyrénées-Gave-Adour, ce qui est un poil tendancieux car les randonneurs ont de plus en plus souvent recours à des remorques, que ce soit pour mettre leur gosse, leur chien ou leurs bagages. Or, que va-t-on trouver au sud, du côté de l’étroit quai Resplandy, où se connecte la piste cyclable ?

Côté Resplandy, un ascenseur transparent

Côté Resplandy, des escaliers et un ascenseur transparent (document Ville de Bayonne)

Un ascenseur et un escalier permettront de redescendre sur le quai Resplandy. “On n’aime pas trop les ascenseurs, il y a un peu de vandalisme” fait-on remarquer à la Ville. C’est pour cette raison qu’il a été décidé qu’il serait entièrement vitré, avec un système d’éclairage venant de l’intérieur. Quoi qu’il en soit, il sera en libre-service 24 heures sur 24. Pour les handicapés donc, rien à redire (le testeur maison de BABinfo se fera un plaisir d’aller essayer l’équipement dès son inauguration).

En revanche pour les vélos et autres transports doux dépassant le gabarit d’un fauteuil ou d’un vélo simple (dont très probablement le vélo-fauteuil que la même municipalité utilise désormais à Glain), on reste un peu sur notre faim, avec un ascenseur qui forcerait à détacher les remorques au milieu d’une Véloroute, sur une passerelle qui annonce ouvertement y être dédiée ? N’y avait-il aucun moyen de faire une rampe moyennant un virage, comme il s’en trouve dans de nombreuses autres villes avec des emplacements aussi étroits ? Donc une passerelle de moins de deux mètres partagée par tous les modes doux, avec à un bout un ascenseur en rupture de charge, c’est l’idée des nouvelles mobilités pour la ville de Bayonne ? La ville est à ce point en manque d’expertise et de vision sur les transports ?

Grâce à une rampe, la rue Gustave Eiffel reprendra du service

Grâce à une rampe, la rue Gustave Eiffel reprendra du service pour piétons, fauteuils et vélos

Lot de consolation si l’on veut aller directement de St-Esprit à St-Pierre d’Irrube, à Glain ou Cam de Prats, la rue Eiffel sera rouverte et connectée à la passerelle du pont via une rampe.

Rive gauche, la rue Gustave Eiffel sera connectée à la passerelle du pont SNCF via une rampe d'accès

Rive gauche, la rue Gustave Eiffel sera connectée à la passerelle du pont SNCF via une rampe d’accès

Le maire de Bayonne a posé ce jeudi la première pierre des travaux. La traversée devrait être inaugurée en mars 2015.

Un pont plus loin ?

Ayant convoqué la presse sur un pont, pour parler de transports, Jean-René Etchegaray a paru surpris que les journalistes l’interrogent longuement sur ses propos sibyllins concernant le projet de futur transport en commun en site propre (TCSP) de l’agglo, mais surtout sur le devenir du projet du précédent édile de cinquième pont routier sur le fleuve.

Ce dernier, annonce le maire, est purement et simplement oublié (faute de financement, donc qui sait…?).  Sur le projet de nouveau transport en commun, il en dit un peu plus :

“Le précédent mandat se terminait avec la concertation achevée. La nouvelle équipe arrivait avec l’idée suivante : le TCSP se ferait, et on essaierait de voir, eu égard à l’évolution des technologies, s’il fallait ou non définitivement évacuer l’hypothèse d’un tramway.
Sachez qu’il y a une nouvelle génération de tramway, à pneus ! D’autres agglomérations, de même importance que la nôtre, ont réfléchi à la même hypothèse.

Le TCSP sera un BHNS [NDLR : Bus à Haut Niveau de Service, l’actuel projet “Chrono 1 et 2”], ou autre chose…”

Mais ces nouveaux tramways s’avèrent  “peu fiables et trop coûteux à entretenir” pour certaines villes pilotes, qui en reviennent pour le tram-fer. Quoi qu’il en soit, il est positif de rester ouvert aux options, tant qu’il ne s’agit pas d’en faire un prétexte à l’immobilisme. Quoi d’autre ?

“Le projet de TCSP doit intégrer que le pont St-Esprit puisse servir de voie de passage pour les voitures dans les deux sens”.

Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne

Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne

Ite Missa est !

La messe est dite. Pas de nouveau pont, pas de nouvelles contraintes pour les automobilistes.

“On ne mettra pas fin à la voiture ! On ne dira pas à nos riverains : vous ne prendrez plus la voiture,  sinon on va créer une forme d’insularité à St-Esprit, et moi je ne le veux pas.”

Mettons. Alors comment fait-on ? Car il existe un petit problème avec le pont St-Esprit. Il semble large comme ça, avec de vastes trottoirs (en même temps il ne manquerait plus qu’on les ampute !), mais en fait, il n’a que dix petits mètres utiles pour la circulation automobile. Pourquoi ?

Le pont St-Esprit et ses encorbellements

Le pont St-Esprit et ses encorbellements

Ce pont a une fragilité structurelle. Reconstruit en pierre au milieu du XIXè siècle, il fut élargi par encorbellements dans les années 1920. Or, seule la partie centrale, soutenue directement par les piles, peut soutenir le poids de la circulation automobile. On ne peut donc pas utiliser les trottoirs, en porte-à-faux afin d’élargir la voie ou d’y faire circuler un quelconque transport collectif.

Alors le maire a une idée : le TCSP n’utilisera qu’une seule voie, et circulera en alternance dans un sens puis dans l’autre. On devine que si elle n’a pas cours côté majorité municipale, l’alternance risque de devenir, dans les années qui viennent, la panacée afin de ne surtout pas “voler” de place à la voiture. Surtout pas !

L’idée va faire des émules chez la voisine biarrote, on n’en doute pas…