Bayonne teste le marché sans bagnole !

“Puisque ces [demandes populaires] nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs” (et profitons-en pour faire des affaires). Submergée de toutes parts par un fort désir des usagers du marché de faire leurs courses sans subir insécurité et échappements à hauteur de poussette, la mairie de Bayonne a fini par céder et propose dès ce samedi 4 juillet, et pour une “période d’essai” de trois mois, un marché apaisé et… agrandi !

Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne (entre autres), et Sylvie Meyzenc Sylvie Meyzenc, Conseillère municipale déléguée Commerce, artisanat , halles et marchés
Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne, et Sylvie Meyzenc, Conseillère municipale déléguée Commerce, artisanat, halles et marchés

Ce fut longtemps “impossible”. Puis “complexe”, sans parler de ces “familles que la mairie a incité à se réinstaller” dans le centre ancien, et qui voudraient justement aller faire leur réassort de bouffe industrielle à l’hypermarché pile au moment où le reste de la ville vient faire ses courses aux bonnes vieilles halles de Bayonne chez des commerçants et producteurs garants de circuits courts, d’alimentation de qualité et de convivialité…

Et puis finalement, cela s’avère plutôt simple à mettre en oeuvre, et on n’a même pas demandé leur avis aux riverains ! Tout juste ont-ils été prévenus via la feuille municipale ad-hoc. On leur collera donc un fait du Prince, et ils ont trois mois pour réagir. On se ficherait de la viabilité d’une telle consultation qu’on ne choisirait pas une autre saison : la période estivale a tendance à rendre paradisiaque la vie piétonne le long de la Nive, ce qui devrait assurer une large approbation, mais si par malheur trop de voix s’élevaient contre, il resterait toujours l’excuse de l’invasion touristique qui aura faussé la perception des riverains de façon forcément négative…

Autrement dit, la période de trois mois d’essai de cette nouvelle formule n’est qu’une formalité. La décision est prise et ferme. Ne serait-ce que parce que l’économie a rejoint l’écologie et le bien-être des usagers du marché au rang des arguments incontournables. La menace du centre commercial qui sera terminé cet été dans la zone Ametzondo, avec en tête le géant suédois Ikea, sur le commerce de centre-ville n’est pas à prendre à la légère. Et face au “grand, artificiel, étranger”, on n’a pas tant que cela le choix des armes : petit, naturel et local !

Quand la vertu est la seule arme

La première conséquence de la fermeture du tronçon du quai de l’amiral Dubourdieu, au départ du pont Mayou, c’est que 24 mètres linéaires de nouveaux emplacements sont désormais disponibles pour des étals supplémentaires le long de ce quai, une fois les véhicules stationnés évacués. Une dizaine d’étals en tout, qui ont d’ores et déjà été attribués (comme anticipé, la demande est très forte), exclusivement à des producteurs locaux (un maraîcher sud-landais et un safranier haut-pyrénéen étant les plus éloignés), avec un à deux emplacements pour des producteurs ambulants “volants”.

Le marché hebdomadaire des Halles Bayonne comptait jusque là, sur 96 commerces, une moitié très exactement (48) de producteurs. 29 étant des revendeurs, essentiellement concentrés dans les halles et sur le carreau, et 19 des étals non alimentaires. Avec ces dix producteurs locaux supplémentaires, sélectionnés avec un but qualitatif évident (pour les neuf “permanents” en tous cas), la Ville veut faire passer un message.

Cette décision entre dans la stratégie commerciale et politique de la ville de Bayonne. Nous voulons faire de Bayonne un centre-ville à ciel ouvert. C’est à dire que l’on veut travailler la différenciation, et créer du flux en continu.

Une analyse – énoncée par Sylvie Meyzenc, Conseillère municipale déléguée Commerce, artisanat , halles et marchés – qui tombe sous le sens quand on a l’expérience des quelques grandes réussites d’événements bayonnais, dont les Fêtes éponymes mais néanmoins annuelles ne sont pas le moindre exemple.

Il nous semble important que l’on puisse développer ce commerce de proximité dans Bayonne, que l’on puisse aussi développer les circuits courts. Par rapport au commerce de périphérie c’est ce qui fait la différence.

À travers cela, on travaille à la fois le lien social, la convivialité, la qualité des produits, la diversité de l’offre, de façon à pouvoir faire un lieu qui s’étale, et que l’on puisse venir y profiter de cette convivialité tous les samedis pour parler des différents sujets qui animent Bayonne, et Dieu sait s’il y en a !

Nous ne demanderons pas à la Conseillère municipale si elle est pro ou anti-fusion, ni si elle a aimé Kulture Sport.

pIMG_0002L’adjointe à l’économie Sylvie Durruty renchérit. Il y avait une forte demande des commerçants sédentaires, restaurateurs et autres cafetiers pour une zone apaisée. BABinfo s’en faisait l’écho dès ce printemps. Nous avions aussi relayé dans cet article l’objection (semblait-il alors) majeure énoncée par l’adjointe à l’Environnement Martine Bisauta, qu’on aurait pourtant pu souhaiter plus en pointe sur un tel sujet : quid de ces familles qui auraient rechigné pour se réinstaller dans le centre historique malgré les incitations de la mairie, et qui auraient besoin de traverser le marché en voiture pour aller… à l’hypermarché justement le samedi matin ? Sylvie Meyzenc balaie l’argument :

On n’a pas besoin, quand on vit à Bayonne, d’aller dans des hypermarchés ! Nous avons diversifié l’offre, installé des petites surfaces de proximité, et créé une offre de produits frais…

En quelques années, les jeunes et les familles ont repris les chemin des Halles, complète Sylvie Durruty. notamment grâce à notre marché des producteurs. On voit apparaître de nouveaux modes de consommation  allant vers les circuits courts. Les habitants du coeur de ville sont particulièrement attachés au marché. Certains seraient même demandeurs d’une édition hebdomadaire supplémentaire, sujet sur lequel nous travaillerons prochainement.

  Le dispositif

En vert la nouvelle zone d'étals de producteurs. En rouge les accès fermés.
En vert la nouvelle zone d’étals de producteurs. En rouge les accès fermés.

Comme nous le précisions plus haut, le quai de l’Amiral Dubourdieu sera intégralement fermé, par son accès depuis le pont Mayou. Les véhicules stationnés seront priés de se déplacer, ou ils le seront d’office, comme pour le reste de la zone habituelle de marché.

Côté rive droite de la Nive (Petit-Bayonne), plusieurs accès menant au pont Marengo, il sera nécessaire de bloquer en trois endroits différents : sur le quai Galuperie, et aux intersections de la rue Jacques-Laffitte avec les rues Marengo et Bourgneuf. Par ailleurs la borne barrant l’accès à la rue Pontrique sera mise en position haute (fermée).

La navette garde son trajet intégral, dans les deux sens, facilitant ainsi l’accès aux personnes à mobilité réduite depuis les parkings ou les correspondances avec d’autres transports en commun.

La fermeture à la circulation sera mise en place dès 6 heures du matin, jusqu’à 14 heures. Les commerçants nomades pourront exceptionnellement accéder à leurs étals avant 9 heures et après midi.

Aucune exception ne sera faite pour les riverains. Seuls les services de secours pourront accéder à la zone en véhicule, ainsi que quelques rares services sélectionnés (livraison urgente de médicaments à la pharmacie par exemple) qui seront munis d’un laisser-passer.

Il reste demandé aux cyclistes de mettre pied à terre si besoin dans les zones trop denses en piétons, et de rouler au pas le reste du temps (risques nombreux d’enfants et d’animaux imprévisibles, même si ce sont les adultes trop rarement piétons et de ce fait désorientés quand il leur faut évoluer sans voies et sens imposés).

Mise à jour (dimanche 5 juillet) : Galerie photo Flickr incluant les photos du marché sans voitures.