Bien faire et laisser braire…

“Quand je vois dans la presse “les chiens aboient et la caravane passe“… Moi je ne traite personne de chien ! Je ne veux être blessant vis à vis de personne. Chacun a sa légitimité, sa façon de penser. Et donc il faut absolument que ce débat  ne dérape pas. […] On a le droit de se dire des choses, mais il faut qu’on le fasse dans le respect mutuel que nous nous devons.” (Michel Veunac)

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Des études en psychosociologie ne dispensent pas, pour un politique prétendant à un minimum d’envergure, d’être au moins ce que l’on appelait jadis un “honnête homme.” [Bien lire la définition, l’expression est trompeuse – il ne faudrait pas un autre malentendu…]

Wikipedia nous apprend ainsi que l’honnête homme “a une culture générale étendue”. Le niveau général de nos sociétés, politiques, médias est certes en baisse, le maire de Biarritz “fatigué” en ce moment. Mais de là à ignorer ou avoir oublié le sens de cette expression, para et périphrasée à l’envi (même Coluche, en son temps)…!

Le modèle de l’honnête homme du XVIIe, ne dit toutefois rien sur le fait que celui-ci soit – ou pas – particulièrement doué. Ainsi, rien n’indique si l’honnête homme est censé être capable de comprendre par lui-même une métaphore, ou autre représentation symbolique, par ses seuls signification et contexte, s’il n’en a préalablement acquis le sens scolairement.

En revanche, Wikipedia est bien plus précis en ce qui concerne le comportement de l’honnête homme dans la société : “il se doit de se montrer humble, courtois”, “il refuse tout excès et sait dominer ses émotions”. Et là, le maire de Biarritz en fut loin, lors de cette conférence de presse du Conseil des Élus du Pays Basque, vendredi dernier, où il ne put s’empêcher d’agresser une journaliste de Mediabask (ayant le tiers de son âge).

Michel Veunac et Jean-René Etchegaray

Michel Veunac et Jean-René Etchegaray

“Qui êtes-vous Madame ?”

Le sujet de la rencontre avec la presse était l’avancée des travaux sur l’EPCI unique Pays Basque (dite “Communauté Pays Basque”), projet enfin largement majoritaire (dans les grandes lignes) de regroupement des actuelles communautés de communes en un seul organisme à pouvoirs renforcés, avec (enfin !) l’aval de l’État grâce à la loi NOTRe, à une ministre et un préfet amateurs de Lego, et à un monde politique abertzale fatigué d’attendre l’offre utopique qui n’arrivera jamais. Seul grain de sable dans cette belle mécanique, l’opposition aussi psychorigide que variablement motivée de quatre des maires de l’actuelle plus puissante communauté de communes : l’ACBA, Agglomération Côte Basque Adour, qui comprend Bayonne, Anglet, Biarritz, Boucau et Bidart. Autrement dit, l’essentiel du poids économique et démographique du Pays Basque (nord).

Au sein de l’ACBA, le président démissionnaire, Jean-René Etchegaray, maire de Bayonne et seul supporter (et quel supporter !) du projet d’EPCI, faisait donc tache. Mais ici, au sein du Conseil des Élus du Pays Basque, dont il est aussi (et plus que jamais) président, c’est l’opposant Michel Veunac, maire du joyau de la côte basque Biarritz, et devenu par le jeu de l’intérim président de l’ACBA, qui a des raisons de se sentir seul. “Je me sens très minoritaire ici”, extériorise-t-il d’entrée. Et d’entamer, avant d’aborder sa part du compte-rendu, le surprenant prélude (voir plus haut notre chapô) où il se sent traité de chien par le magazine basque qui faisait allusion à l’infatigable “Caravane Batera”, ayant sillonné jusqu’au plus petit village d’Iparralde pour expliquer le projet à la population.

Plus tard, lors de la séance de questions des journalistes, Bénédicte Saint-André, auteure de l’article incriminé, étant présente dans la salle, prend la parole pour éclaircir (s’il en avait été besoin !) son propos auprès de Michel Veunac. La réaction de ce dernier fut bien loin de l’humilité, la courtoisie, et sans aucun doute excessive. Dialogue surréaliste :

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Le Conseil des Élus présentait à la presse l’avancée de ses travaux

“- Je voudrais juste apporter une précision sur ce qui a été dit. Si dans un papier sur l’EPCI je disais “quand on veut noyer son chien on dit qu’il a la rage”,  ça ne revient pas du tout à considérer l’EPCI comme étant un chien.
– Qui êtes vous madame ?
– Je suis celle qui a écrit le papier.
– Et vous pensez qu’un titre “les chiens aboient, la caravane passe”, vous pensez que c’est un titre… hein ?
– Je tiens à assurer le plus grand respect que j’ai pour votre fonction et votre opinion…
– Et vous trouvez que c’est un titre respectueux ?
– C’est une expression à lire évidemment au sens figuré.
– Ah oui mais moi je lis les choses au sens propre madame. Enfin vous avez votre opinion j’ai la mienne. Et donc c’est quelque chose de scandaleux ! Vous êtes journaliste ? Vous avez une carte de presse ?”…

Nous ne tenterons pas d’expliquer là à monsieur Michel Veunac, maire de Biarritz, ce qui est véritablement scandaleux dans cet échange.

rpIMG_9963“Laisser pisser le mérinos”

Oui, le sujet de la structure administrative qui constituera l’ossature du Pays Basque pour les décennies à venir, et après trente-cinq ans de travaux, est bien trop sérieux pour que le premier prétexte venu ne serve à distraire la galerie en défoulant un ego froissé mal à propos. Le “plan B” du “quarteron de maires” (ça c’était ma métaphore à moi, et je ne prends pas des maires pour des généraux), renforcé de maires de l’intérieur, n’a pour l’instant rien d’autre que son opposition primaire à l’EPCI unique comme programme. À tel point que leur non-projet se permet de pirater purement et simplement le nom choisi pour le projet initial : Communauté Pays Basque ! Ce qui ajoute encore à la confusion, comme s’il n’était pas déjà évident que cette confusion leur tient lieu de principale stratégie, faute de contenu.

Le détail de l’agression, aussi déplacée qu’injustifiée, par un puissant maire septuagénaire d’une jeune journaliste femme (aurait-on vu, d’ailleurs, tant d’agressivité envers un représentant plus masculin ou plus âgé de la presse locale ?) n’ajoutera en tous cas certainement rien de glorieux à la carrière politique du maire de Biarritz, qui commence aussi à laisser transpirer autour de lui les témoignages de ras le bol pour ses “emportements” incongrus, ses décisions non concertées qui embarrassent tant ses adjoints, bref, ses difficultés à habiter de façon satisfaisante le fauteuil d’édile biarrot.

Pour en finir avec chiens, ânes, brebis et cochons et l’article de Wikipedia, Michel Veunac devrait plutôt se féliciter du choix par ma consoeur de sa métaphore. Les synonymes proposés par le site étant… “bien faire et laisser braire” et “laisser pisser le mérinos”. À vouloir se défouler sur une journaliste pour faire le buzz et intimider les médias en prétendant avoir été traité de chien, Michel Veunac risque bien de finir en baudet ou en brebis. On pourra peut-être utilement rappeler au maire de Biarritz que s’en prendre à la presse ne porte généralement pas bonheur…

rpIMG_9957Des ateliers constructifs, le vote à venir

Un des motifs, et non des moindres, des pertes de sang-froid parmi l’opposition à ce projet, réside en la croissante satisfaction de ceux qui s’étaient engagés dans cette histoire d’EPCI unique de façon un peu hâtive (il y en a/a eu). Par confiance en un prescripteur, ou alors – bien que le dénient nombre de supporters – par idéal, sinon “idéologie” diraient les détracteurs : le projet de réunir tous les territoires d’Iparralde (Pays Basque nord) au sein d’une entité fédérée et disposant d’une gouvernance et de prérogatives – sinon comparables à celles espérées en 2013 avec de la demande d’une Communauté Spécifique à Statut Particulier (pdf) – du moins permettant de communautariser les ressources, assurer la solidarité, et organiser une gouvernance cohérente dans le cadre des compétences au fur et à mesure que les adaptations législatives ouvriront leurs clauses.

Devant un front d’opposition aussi monolithique qu’incompréhensible (bien qu’assez minoritaire), si les confiances n’ont pas failli malgré les doutes inséminés et les objections (toutes recevables sur le fond), c’est notamment grâce à la stratégie personnelle de Jean-René Etchegaray qui consista à être le premier critique du projet qu’il soutient (“déformation professionnelle, j’instruis à charge et à décharge”). Mais surtout grâce à la qualité du travail d’études en amont, et aux échanges via les ateliers, afin de satisfaire la moindre question d’élu hésitant, mais aussi de construire les solutions ad-hoc et consensuelles là où persistent des difficultés.

Entre octobre 2015 et février 2016, ce sont huit séries d’ateliers thématiques (économie, aménagement/urbanisme et habitat, mobilité, culture et langue, environnement et déchets, services à la population, gouvernance, et enfin finance, les deux derniers sujets n’étant pas les moindres dans les objections de ceux qui remettent le projet en cause) qui ont réuni près de 200 élus des 10 intercos actuelles. Le résultat des travaux (voir document plus bas) sera présenté le 19 mars prochain à Cambo-les-Bains, devant tous les maires du Pays Basque, puis dans chaque territoire à la rencontre des conseillers municipaux, avant le vote attendu par le préfet pour valider (ou pas), la nouvelle structure.

IMG_8964Gouvernance et finances, pierres d’achoppement ?

Comme toujours dans ce genre de cas, ce qui énerve, c’est “qui décide”, et “qui aura l’argent”. Pour la gouvernance, la loi précise des modalités de représentation qui n’offrent que deux solutions, à déficit démocratique ; privilégier la représentation de toutes les communes (sur-représentant l’intérieur et la montagne basque), ou le poids démographique des territoires (où deux agglos, voire une seule, la riche ACBA, pèsent le plus lourd). Une assemblée respectant les deux et la loi serait pléthorique et ingérable, ajoutant aux frais et au mille-feuilles administratif là où l’idée de départ était justement de simplifier la gouvernance en prenant acte de la disparition annoncée du Département, et la forte responsabilisation que la nouvelle grande région ALPC proposera aux collectivités et intercos qui vont se construire cette année et probablement pour longtemps.

La solution qui a émergé des études commandées et des ateliers de travail consiste en un Conseil communautaire de 232 membres, respectant les contraintes légales mentionnées plus haut, donc démocratiquement déséquilibré, mais dont un exécutif à deux étages (une Commission Permanente de 69 membres, conçue pour contrebalancer le déséquilibre – mais néanmoins effectivement actifs avec des délégations, et un Comité exécutif de 20 membres chargé des affaires courantes) est censé compenser le biais de représentation.

Quoi qu’il en soit, jusqu’à des opposants reconnaissent que cette sur-représentation des communes rurales et isolées serait un mécanisme naturel facile à (ne pas) gérer qui pourrait avoir des effets vertueux sur les grandes décisions d’aménagement du territoire, et de gouvernance écologique et alimentaire, pour peu qu’on accompagne politiquement ce déséquilibre assumé au lieu de le traiter comme un défaut rédhibitoire à compenser à tout prix.

Le sujet de la fiscalité et des moyens de l’EPCI est plus compliqué encore, et pour le coup assez incertain, puisque des critères dépendront par exemple du poids financier moyen des intercommunalités constituées dans toute la France pour la phase suivante de la loi NOTRe. Autrement dit, impossible de répondre à toutes les interrogations avant que tout le monde soit sur la ligne de départ et que l’État n’en ait pris acte. Dans tous les cas, la piste d’une “neutralisation fiscale” serait retenue, où rien ne changerait pour les contribuables, mais un système interne de compensation serait mis en place pour s’adapter progressivement aux transferts de charges, financements et compétences récupérées ou rétrocédées. Quand je vous dis que c’est pas simple !