Comment Biarritz fête le Développement Durable en sanctifiant le ticket de caisse (au Bisphénol S)

Afin de célébrer la semaine du Développement Durable, l’Espace Jeunes de la ville de Biarritz organise « Olerkitick », une opération censée combiner écriture et “éco-gestes responsables” (sic) ! Mais on pourrait y voir plutôt la célébration de l’emblème de la consommation, un geste environnementalement égal à zéro, et un risque pour la santé des enfants.

Après le fiasco du dimanche mensuel sans voitures, le 3ème Adjoint Chargé de l’Environnement et de la Jeunesse, Guillaume Barucq, doit commencer à en avoir marre de se retrouver devant le fait accompli de son Prince. Et de devoir apporter sa caution en plus !

La dernière fausse bonne idée de la mairie de Biarritz part certainement d’une bonne intention (présomption d’ “innocence”, version mains pleines). Il s’agissait pour la cité balnéaire, régulièrement malmenée dans le passé par la presse et les associations notamment sur les problèmes de pollution sur ses plages, ou encore la très mauvaise intégration des transports doux, de profiter de la Semaine européenne du Développement Durable pour faire bonne figure.

Comment ? Il fallait une grande idée. Et si l’on en croit les spécialistes de la politique biarrote, le nouvel édile Michel Veunac n’en manque pas. On ne sait si celle-ci vient aussi de lui, tout comme le dimanche mensuel sans voitures ni concertation, mais elle procède en tous cas d’une logique particulièrement tordue, en plus d’être improductive et démagogique, et même dangereuse pour la santé de nos enfants.

Écrire, mais consommer d’abord !

« Olerkitick » : 1 ticket à consommer autrement ! ». C’est le nom de l’opération. Le but ?

Le but est d’encourager le plus grand nombre aux notions d’éco gestes responsables, notamment les plus jeunes en les impliquant à tous les stades du projet afin qu’ils puissent par la suite transmettre l’information à leurs aînés pour mieux les impliquer. (site web de Biarritz)

Jusque-là, c’est une déclaration d’intention bien pensée. Mais de quel éco-geste parle-t-on ? Acheter en circuit court ? Bio ? Avec un minimum d’emballage ? Préférer marchés de producteurs aux hypermarchés ? Et s’y déplacer sans utiliser la voiture ? Que nenni ! Prenant au premier (voire moins) degré la très justifiée bataille du milieu artistique et culturel local pour que les municipalités mettent en avant, et donc financent, une offre qui puisse représenter un pôle d’attraction touristique à part entière, Biarritz a voulu mettre sa pincée de “culture” dans l’affaire. Culture bilingue bien entendu.

L’idée est d’imaginer comment l’on peut utiliser, recycler, voir (sic) consommer autrement son ticket, avant de le jeter…

Inscrivez sur l’une des faces du ticket un poème, une chanson, un slam, une idée, etc. autour du thème de la semaine du développement durable, et plus précisément sur le thème de l’année «le changement climatique» […] Déposez-le dans une urne avant le 29 mai. (Communiqué de presse)

Bien. Déjà on constate l’envergure du geste écologique : 1 gramme de papier. À mettre en regard des kilos de marchandises que ce papier représente, et des tonnes de ressources (eau, culture, minerais, énergie, pétrole…) qui étaient à la base. Pour le coup, l’éco-geste peut sembler bien symbolique, pour ne pas dire mesquin.

La contradiction ne manque d’ailleurs pas d’interpeller l’ancien candidat à l’élection Municipale FDG/EELV Mathieu Accoh, interrogé par BABinfo :

“Proposer un “écogeste” en lien avec des tickets de caisse est tout de même paradoxal. Le ticket de caisse renvoie à la consommation matérielle et l’on sait qu’elle est responsable d’une grande partie de la pollution. On sait également qu’une consommation et plus largement un comportement écologique et responsable, ne fournit pas beaucoup de tickets de caisse (marché, AMAP, potager, transports en commun, vélo…).”

“Il est donc urgent non pas d’écrire derrière un ticket de caisse pour avoir l’illusion de l’écogeste accompli, mais de diminuer radicalement notre consommation matérielle, pour se diriger vers des produits de qualité, fabriqués localement, dans des conditions écologiquement et éthiquement acceptables.”

“Soit cette animation est une sérieuse maladresse et dont l’utilité reste à démontrer, soit elle est précisément le reflet de l’idéologie du développement durable. C’est-à-dire croire qu’en ne changeant rien, à part quelques petits gestes symboliques, nous auront un impact significatif sur la pollution, et sur l’empreinte écologique que nous laissons sur cette planète…”

Barucq, tête de truc

Structure du Bisphénol S (Wikimedia Commons)

Évidemment, il fallait que la bonne idée municipale fut avalisée par le détenteur (théorique en tous cas) de la délégation idoine. Après l’affaire du dimanche mensuel sans véhicules sur la côte et une partie du centre-ville, décidée soudainement sans aucune concertation avec commerçants ni associations, en prévenant les adjoints concernés au dernier moment, et qui fut un relatif échec (un sabotage ?) au regard de l’importance de l’enjeu tant pour le bien-vivre en ville que pour le tourisme ou le commerce, Guillaume Barucq allait-il devoir avaler une nouvelle couleuvre ?

Car s’il est une énormité, dans ce beau programme, qui nous a sauté aux yeux, c’est que l’on incitait clairement les familles à brasser généreusement et à confier à leurs enfants dès l’âge de l’école primaire des “tickets”, dont la plus grande partie est (de fait dans nos vies courantes) en papier à impression thermique. C’est à dire le plus souvent contenant du Bisphénol A. Et quand on se veut rassurant et met en avant ce fameux nouveau papier sans Bisphénol (A), on oublie de dire qu’il est remplacé par le Bisphénol S, qui ne vaut pas tellement mieux en fin de compte.

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Or Guillaume Barrucq, outre ses fonctions de caution jeune-écolo-surf à la mairie, est aussi médecin ! Et même s’il sait tout comme nous qu’une unique surexposition ne va pas foudroyer d’enfant sur place, il serait malvenu qu’il encourage un tel brassage de perturbateurs endocriniens sans émettre au moins un petit bémol.

Sur la page web présentant l’événement, pas la moindre trace de mise en garde. Mais bizarrement, on ne manque pas d’y préciser que “Cette opération [est] validée par l’Adjoint au Maire en charge de l’Environnement”. Étonnés, nous contactons l’intéressé sur Twitter, auquel nous faisons part de notre trouble.

Effectivement, sur son blog de campagne Biarritz, TsunVague d’Avenir, sa collègue à la Jeunesse et à la Vie Scolaire Sylvie Claracq présente l’événement (dans un article bien entendu illustré d’un ticket de caisse en papier thermique…!) avec tout en bas la précision suivante :

*Note : si vous utilisez un ticket de caisse, assurez-vous qu’il ne contient pas de Bisphénol.

Les parents sont donc priés de prendre leur loupe et de bien regarder sur chaque ticket imprimé thermiquement s’il y est bien mentionné l’absence de Bisphénol A avant de le confier au gamin. Parce que c’est le seul dont ils trouveront mention. Mais ce que l’on sait moins, c’est que les fabricants ont remplacé le Bisphénol A (BPA) par le Bisphénol S (BPS), dont on a désormais la certitude qu’il a lui aussi un effet perturbateur endocrinien peut-être encore plus nocif, même si le cruel manque d’études ne permet pas encore de quantifier précisément les effets et leur dynamique. D’ailleurs, Guilaume Barucq, certainement mis une fois de plus devant le fait accompli, rétropédale discrètement sur les tickets de caisse, alors que c’en est une nouvelle fois un bien beau que l’on peut voir en illustration sur l’Espace Famille du site web de la ville de Biarritz, qui, pouvons-nous remarquer une semaine après notre échange avec Guillaume Barucq, n’arbore toujours pas la moindre mise en garde :

On pourra remarquer que ni la presse, ni le service communication de Biarritz ne semblent avoir compris le message. Et dire que ça va encore être sa faute…

Pour en savoir plus sur les perturbateurs endocriniens…

L’indispensable documentaire “Endoc(t)rinement”, visible en intégralité ci-dessous.