Corrida : un anniversaire sous haute tension

 Vendredi 9 août à Bayonne, les aficionados et les anti-corridas vont s’affronter à distance, au moins dans le temps, à l’occasion des 160 ans de la première corrida à Saint-Esprit et des 120 ans des Arènes de Lachepaillet. Malgré un arrêté de Jean Grenet limitant leur action, le CRAC le FLAC, la Fondation Brigitte Bardot, PETA, L214 et Animal Cross ont bien l’intention de “ternir la fête”.

Affiche d’appel à manifester

Le collectif Euska Herria Bayonne Anti Corrida aidé de nombreuses associations de défense animale appelle à manifester vendredi 9 août à 14h30 devant la mairie de Bayonne, place de la Liberté, alors que les aficionados fêteront les 160 ans de la première corrida française à St-Esprit et les 120 ans des arènes de Lachepaillet dans toute la ville.

Un bémol dans cette organisation, Jean Grenet, le maire de Bayonne, a commis un arrêté municipal interdisant aux manifestants de s’approcher des arènes, y compris pour simplement distribuer des tracts. Le collectif maintiendra son action quoi qu’il en soit, et a d’ores et déjà attaqué la bulle municipale au tribunal administratif de Pau.

Carole Saldain, fondatrice d’Euskal Herria Bayonne Anti Corrida

Carole Saldain (collectif Euskal Herria Bayonne Anti Corrida) : “La corrida ne fait pas partie de la culture basque !”

À l’origine du collectif apolitique, et co-initiatrice de la manifestation du 9 août, Carole Saldain explique l’origine de son mouvement.

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Le but de la manifestation du 9 août ? Informer sur la corrida, les amalgames avec les fêtes et traditions du sud-ouest…

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Carole Saldain se félicite du travail en commun des associations pour la préparation de l’événement.

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Espagne comme France, la solution est dans un référendum.

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Là où les élus devraient interdire la corrida aux trop jeunes, certains au contraire financent leur initiation.

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Selon Carole Saldain, la corrida sera un des enjeux des prochaines municipales.

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Contre la manifestation, un arrêté du maire de Bayonne Jean Grenet est très controversé.

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L’arrêté municipal

Page Facebook Bayonne fête la corrida, pas nous, créée par Euskal Herria Bayonne Anti Corrida.

 Communiqué du collectif abolitionniste

Jean-Pierre Garrigues, président du CRAC

Jean-Pierre Garrigues, président du CRAC

Jean-Pierre Garrigues (président du Comité Radicalement Anti-Corrida – CRAC) : “Le Pays Basque sud est très en avance sur nous”

En ce mois d’août 2013, où en est la lutte contre la tauromachie en France ?

La lutte progresse très fortement, la mobilisation est de plus en plus forte. Suite à l’inscription de la corrida au patrimoine culturel immatériel (PCI) de la France en 2011, le CRAC Europe a créé le collectif Non à la honte française qui regroupe plus de 200 associations de protection animale. Cela représente un potentiel de plus de 500 000 personnes.
Toujours en 2011, le CRAC et ses partenaires organisent une action pacifique dans les arènes du petit village de Rodilhan à côté de Nîmes pour empêcher le massacre de veaux. C’est le lynchage des militants pacifiques par une foule haineuse. Le monde de la tauromachie montre son vrai visage.
Un procès retentissant est en préparation à Nîmes : 70 plaintes déposés, plus de 30 agresseurs identifiés. Depuis 2011, le CRAC Europe et Droits des Animaux (DDA) ont initié une action en justice devant le tribunal administratif de Paris pour obtenir l’annulation de l’inscription de la corrida au PCI français. La procédure suit son cours. Si nécessaire, nous irons plaider notre cause, celle des taureaux torturés dans les arènes, devant la cour européenne des droits de l’Homme.
Les 11 et 12 mai 2013, le CRAC organise une triple manifestation à Alès : plus de 4000 personnes protestent pacifiquement pendant deux jours contre la tenue de 3 corridas dans la capitale des Cévennes et nous appelons à un soulèvement général des consciences dans tout le sud de la France.
En ce mois d’août 2013, 9 actions anticorrida dans le sud-ouest, c’est sans précédent !
En 2013, notre stratégie est claire : une forte présence sur le terrain pour faire comprendre aux élus que le temps des corridas est révolu ; nous serons désormais présents sur tout le territoire tauromachique avec des actions variées. Un travail auprès des députés et sénateurs afin que la loi change avec le dépôt d’une nouvelle proposition de loi abolitionniste attendue pour la rentrée. Sur le terrain, le comportement des maires des villes taurines, qui se comportent comme de petits dictateurs ne fait qu’exacerber les tensions. Les citoyens ne sont pas entendus, l’exaspération est de plus en plus forte et la corrida commence à générer des troubles à l’ordre public comme ce fut le cas à Rieumes. L’existence même de la torture tauromachique est une véritable provocation pour toute personne sensée et sensible. Les provocateurs, ce sont eux, pas nous, ne renversons pas les valeurs.

Aujourd’hui que dit la Loi, et quelles sont les évolutions à attendre ?

La loi précise très clairement que la corrida constitue des “sévices graves et des actes de cruauté sur animaux ” (article 521-1 du code pénal). Si le torero sort de sa zone dite “de tradition” (10% du territoire français, 12 départements concernés) il risque 2 ans de prison et 30 000 euros d’amende. Ce n’est pas anodin. Il est de fait un vulgaire délinquant. La seule solution pour nous est un réveil démocratique des élus : des référendums au niveau local qui montreront que même dans les villes du sud, les citoyens souhaitent l’abolition (exemple du sondage à Alès en juillet 2012 : en cas de référendum, 55 % des Alésiens voteraient pour l’abolition); et un vrai débat démocratique à l’assemblée nationale, débat qui nous est refusé depuis bientôt 10 ans.

Vous plaidez depuis des années pour que de façon urgente on interdise les corridas pour les mineurs ou au moins les enfants trop jeunes. Quelles sont les avancées sur le plan législatif ? Et localement, certains élus ont-ils eu des positions et des décisions qui sont de bons exemples ?

C’est effectivement de cette façon que l’abolition de la corrida a commencé en 2004 en Catalogne espagnole : par l’interdiction de l’entrée des arènes aux moins de 14 ans. Nous attendons une proposition de loi de la part des députés sur ce sujet également. Au niveau local, le maire d’Alès a supprimé la gratuité pour les moins de 10 ans en 2011. C’est un début. On part de très loin puisque pour l’instant, non seulement, ce n’est pas interdit pour les enfants, mais le plus souvent la vision en direct de ce spectacle barbare est gratuite pour eux.
Alors qu’en 2006, le CSA a considéré que des images de corridas devaient être déconseillées aux moins de 10 ans à la télé. Cherchez l’erreur !  

Vendredi les aficionados fêtent à Bayonne un double anniversaire basé sur la thématique de la longévité. Or les défenseurs de la corrida ont besoin de cet argument d’exception pour qu’elle reste légale. Que peut-on discerner entre mythes et fausses vérités, sur la réalité historique de cette tradition dans la région ?

La corrida a en effet été introduite en France en 1853 à St-Esprit, près de Bayonne, par Eugénie de Montijo, épouse de Napoléon III. Dès son introduction la corrida a été interdite, tombant sous le coup de la loi Grammont de 1851. Elle fut illégale en France pendant près d’un siècle jusqu’en avril 1951 et le vote de l’inique loi Ramarony-Sourbet qui tolère la corrida sur 10% du territoire français.
Il est toujours bon de rappeler que la corrida n’est qu’une exception et que le conseil constitutionnel a lui-même précisé en septembre 2012, à l’occasion d’une QPC soulevée par DDA et le CRAC Europe, que même en zone tauromachique, il s’agissait bien de sévices graves et d’actes de cruauté. C’est capital à rappeler. Le monde de la tauromachie veut faire croire que les origines de la corrida remontent à la nuit des temps, faisant référence par exemple au culte de Mithra. Les maniaques de barbarie des arènes mélangent tout. La corrida, c’est tout simplement le mensonge permanent. Ses origines ? Les seigneurs de guerre espagnols s’entraînant à la guerre sur des bovins en les transperçant à coup de lances au 18ème siècle (origine de la pique lors des corridas) et des apprentis bouchers sadiques et désœuvrés torturant des bovins avant de les abattre dans les abattoirs andaloux à peu près à la même période.
160  ans en France dont 98 ans d’illégalité. Peut-on vraiment parler de tradition ? Alors que le législateur de 1951 souhaitait réduire la corrida dans moins de 20 villes et villages du sud de la France, les tribunaux ont fait une interprétation totalement extensive de la loi en 2006, considérant que la zone tauromachique s’étendait de “Bordeaux  à Fréjus et des Cévennes jusqu’à la mer”, générant ainsi une “tradition locale ininterrompue” y compris dans des localités n’ayant jamais pratiqué la corrida comme à Mimizan dans les Landes. Étonnant non ?

Le Pays Basque a la spécificité d’une culture transfrontalière et tri-“nationale”. Comment se passe la lutte en commun avec vos pendants d’Hegoalde, et quelle est la situation de la corrida outre-Bidassoa ?

Le Pays Basque sud est très en avance sur nous. Il se pourrait qu’il suive l’exemple de la Catalogne et abolisse bientôt cette pratique ignoble, refusant, tout comme nous, cette “barbarie espagnole”. Le maire de Donostia a supprimé les corridas dans sa ville. C’est donc tout à fait possible. Il faut juste un peu d’humanité et de courage politique et cela manque cruellement chez les élus français de droite comme de gauche… Nous nous rapprochons de plus en plus de nos frères du Pays Basque sud qui nous montrent la voie de l’abolition.

L’argument présenté le plus souvent par des aficionados qui se disent défenseurs des taureaux est que sans corridas il n’y aurait plus de taureaux parce que plus d’élevages. Est-ce une réalité ?

Un mensonge de plus ! Plus de 90% des animaux de ces élevage de taureaux dits “de corrida” partent directement en boucherie pour la viande. Ces mêmes élevages reçoivent des subventions européennes au titre des “bovins viande”. Subventions de plus en plus remises en cause par les États membres qui, par ce biais, financent tous la torture tauromachique. Sans corrida, il est évident que tous ces élevages perdureront puisque l’essentiel de leur activité économique concerne la vente de la viande en boucherie. C’est déjà le cas en Catalogne espagnole.

Quel est votre sketch ou blague anti-corrida préféré et pourquoi ?

Voici le meilleur sketch pour moi. Les auteurs vont au bout du délire aficionado dont certains se contentent de taureaux torturés, sans doute faute de mieux, nostalgiques de la “belle époque” des gladiateurs…

En 2010, la Catalogne interdit la corrida dans les arènes de Barcelone. À cette occasion, Jean-Pierre Garrigues était intervenu dans l’émission C dans l’air, d’Yves Calvi sur France 5.
Avec Simon Casas, matador et directeur des arènes de Nîmes, Henri-Jean Servat, journaliste, et François-Xavier Gauroy, aficionado et écrivain.

Revoir l’émission : 1ère partie

Revoir l’émission : 2è partie

Le Manifeste du CRAC-Europe