Sur fond de grande manifestation unitaire, les pro-amnistie se désespèrent

Ce samedi 9 janvier, c’est une rare coalition de personnalités et d’organisations qui a appelé à manifester à Bayonne sous l’impulsion du collectif Bagoaz, en écho à l’événement jumelé de Bilbao, sur le slogan “Droits de l’Homme, Résolution et Paix”, afin de demander le rapprochement des prisonniers basques, la libération des malades et l’application des aménagements de peine adaptés. Des revendications à la baisse selon les pro-amnistie, qui y voient un “processus de reddition”.

rp100_6175Depuis le début du processus d’Aiete et l’abandon définitif de la lutte armée par ETA, c’est la société civile qui – notamment avec le mouvement Bake Bidea (“le chemin de la paix”) – a porté le flambeau du processus de paix en Pays Basque.

La volonté d’élargir la base du mouvement aux habitants et organisations du Pays Basque non abertzale autour d’un processus par lentes étapes, qui commencerait bien évidemment par les véritables “urgences humanitaires” que représentent les situations des prisonniers gravement malades, éloignés, bref à qui on dénie le simple droit commun de leur propre pays, a jusque-là porté ses fruits en accouchant d’une impressionnante liste de parrains et marraines, Parlementaires et élus de tous bords, syndicats, et autres organisations et partis, (à l’exception notablement bruyante du PCF).

Pourtant, pour le collectif pro-amnistie et contre la répression, il manque quelque-chose.

“La manifestation de Bilbao de janvier a toujours été très importante dans la revendication de l’amnistie”, entame Joël Sistiague. “En trois, quatre ans, la manifestation a été vidée de son contenu politique, pour ne plus demander que la fin de la dispersion et le rapprochement des prisonniers au Pays Basque. Des revendications vues à la baisse”.

“Il faut revendiquer à nouveau le mot amnistie, pour tous les prisonniers, sans conditions”.

“Ç’a créé une fracture dans le mouvement abertzale lui-même. Fracture qui s’est de plus en plus ouverte depuis quelques semaines.”

“Revendiquer le respect des lois françaises et espagnoles, ça ne leur coûte pas grand chose…”

Sur les murs du Petit Bayonne, la revendication bien présente... (photo [CC-BY Sagua BABinfo]

Sur les murs du Petit Bayonne, la revendication bien présente… (photos affiches Bayonne [CC-BY Sagua BABinfo])

Joël Sistiague pense aussi que des partis politiques français comme les socialistes, la droite ou les centristes n’auraient pas adhéré au mouvement si la revendication d’amnistie était encore visible.

Résultat, après des rêves de territoire autonome devenus simple EPCI d’un Meccano préfectoral standardisé et inadapté, avec une langue administrativement méprisée, politiquement humiliée et financièrement délaissée, l’abandon du dernier pilier des revendications de la gauche abertzale lui fait l’effet d’une pure et simple capitulation.

“Il y a deux poids, deux mesures. Je vois le processus de paix plutôt comme un processus de reddition. Pour sortir un peu la tête haute, on va essayer d’entrer dans ce processus soi-disant de paix, mais au bout de quatre, cinq ans, on ne voit toujours aucun vrai résultat. L’Espagne et la France continuent dans la voie qu’ils ont toujours menée, c’est à dire la voie policière”.

“Tout le monde veut la paix au Pays Basque. Pour moi, il faut que la France et l’Espagne s’assoient aussi à la table pour reconnaître les droits du peuple basque”.

Conférence de presse de Bake Bidea à Bayonne

La conférence de presse de Bake Bidea à Bayonne

Chez Bake Bidea, on réfute les arguments. Pour Alice Leiciagueçahar, conseillère régionale EELV fraîchement réélue, il n’y a pas de reddition. La lenteur probable du processus de paix était attendue, et c’est justement le rôle d’un tel mouvement que de régulièrement aiguillonner les Gouvernements qui seraient trop fort aise de voir l’extinction de la mobilisation en réaction à leur tentative de pourrissement de la situation.

Sur l’amnistie, elle ne cache pas que le sujet est en débat permanent au sein du collectif, mais pas pour la raison qu’on pourrait croire.

pIMG_9566“L’amnistie c’est à double-tranchant. Ça veut dire amnistie pour les prisonniers politiques basques, mais aussi pour les autres en face !”

“Dans un processus de paix, il faut s’occuper de toutes les victimes, et de toutes les responsabilités, et pas seulement certaines. Il y a eu des responsabilités du côté des militants basques, et également du côté des États. S’il y a amnistie, comme il y a déjà eu en Espagne, il y a oubli”.

Pour ce qui est du procès en angélisme envers les élus de partis politiques français, soupçonnés par les pro-amnistie de n’être là qu’en l’absence de toute mention du mot “amnistie” sur les affiches, Alice Leiciagueçahar conclut laconiquement :

“Dans l’appel de 2014 de Bayonne, dont on se revendique, le terme “amnistie” était bien présent”.

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Si la manifestation de ce samedi est promise à un grand succès, tant de telles violations des Droits de l’Homme sont inadmissibles dans nos démocraties, et la population locale sensible à tout le moins à la cause simplement humanitaire, Joël Sistiague n’est pas pour autant convaincu par la stratégie actuelle de la gauche abertzale qui, perdant peu à peu son influence avec l’abandon forcé des grands piliers du militantisme basque (indépendance, langue, amnistie…), n’a pas su aller trouver les habitants du Pays Basque d’aujourd’hui, particulièrement les urbains, afin de leur proposer un projet politique et surtout social digne des racines et des valeurs du mouvement.

La manifestation du samedi 9 janvier à Bayonne est précédée d’animations toute l’après-midi et suivie d’un grand concert gratuit. Programme ci-dessous.