“La première fois qu’on obtient une telle adhésion au fait basque depuis le procès de Burgos” (Gabi Mouesca)

En 1971, Jean-Paul Sartre préface longuement “Le Procès de Burgos”. Son texte est documenté et profond. Le grand homme, devant l’Histoire une première fois dénudée, avait tout compris du problème basque dans son ensemble, au point d’appeler à la décolonisation aussi de ce côté-ci de la Méditerranée. Si c’est bien là l’aune à laquelle Gabi Mouesca – et le vieux militant à qui il emprunte la citation qui intitule cet article – comparent l’accueil de la Conférence humanitaire pour la paix en Pays Basque qui s’est tenue à Paris le 11 juin dernier, alors la paix est en bonne voie.

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 Représentants syndicaux, associatifs, politiques, élus de tous bords, étaient réunis autour d’une idée simple. Aujourd’hui au Pays Basque sur la table nous trouvons les éléments très importants qui pourraient permettre à ce qu’on tourne la page de l’utilisation de la violence. Définitivement.

Pour Gabi Mouesca, le “chemin vers la conférence” était au moins aussi important que le but final.

Il a fallu plusieurs mois de préparation afin de convaincre les participants. Je peux témoigner que nous avons mobilisé beaucoup  de gens qui jusqu’alors avaient une perception caricaturale, voire fausse , de ce qu’il se passait au Pays Basque et de ce qu’il s’y passe depuis Aiete.

Une presse nationale entre désintérêt et désinformation, des politiques parisiens “éloignés de l’Histoire et des réalités”, il n’y avait pas besoin de parler en euskara pour ne pas être compris. Le seul moyen de se faire entendre était bel et bien d’aller “porter la parole” sur place, profitant de l’accueil d’un groupe de parlementaires au sein même de leur Assemblée.

 Nous pouvons dire que nous avons ensemencé Paris d’une parole qui sera porteuse. A débuté lors de cette conférence un travail qui sera fructueux dans les temps à venir.

Pourquoi ce message n’est-il pas parvenu aux oreilles des (dés-)intéressés plus tôt ?

Tout d’abord la presse. Qui n’a pas fait son boulot.

On a souffert d’un travail caricatural. Longtemps nous n’avons été que des terroristes, des gens avec qui il n’est pas question d’échanger, qu’il n’est pas question de comprendre.

Aujourd’hui on voit que les porte-paroles des prisonniers politiques sont interlocuteurs officiels du Groupe International de Contact dans le cadre du processus de paix.

Comme en Algérie, en Nouvelle-Calédonie, ou ailleurs encore, le terroriste d’hier devient un résistant, un interlocuteur, voire plus. Nous somme entrés dans cette phase où les diabolisés d’hier sont devenus des gens fréquentables, avec lesquels l’avenir se construira.

pIMG_8172Et les États français et espagnol ?

Il n’y a pas encore de passage à l’acte. Ce sont les deux poids lourds absents dans ce qui est en train de se jouer depuis Aiete.

Mais Gabi Mouesca ne s’attarde pas sur les miracles qui n’ont pas eu lieu. Le principal n’est pas là.

Ce qu’il faut remarquer, c’est l’attitude médiatique qui a changé. De Sud-Ouest à La Semaine du Pays Basque, en passant par Libération,

Le traitement évolue sur le fond, mais aussi sur la forme. Les mots changent. Pour aborder d’autres concepts, favorables à une évolution positive de la question du Pays Basque.

L’intervention de Gabi Mouesca, représentant d’Harrera, ancien président de l’Observatoire International des Prisons et actuel co-Président du Comité des Droits de l’Homme au Pays Basque, lors de la conférence (voir la vidéo en bas de cet article), portait évidemment sur le problème des prisonniers politiques basques, les “preso”.

Depuis Aiete aucune évolution favorable sur le front carcéral.

Les atteintes aux droits en général sont quotidiennes pour les preso. Et les atteintes aux Droits de l’Homme, parfois à la dignité des preso, voire de leurs familles, continuent tant côté français qu’espagnol. C’est incontestable.

Mais le collectif des prisonniers et des réfugiés politiques est un apport important au processus de paix, et réaffirme qu’il continue sur cette trajectoire et est prêt à faire de nouveaux pas.

Si ceux qui ont accompagné la démarche de cette conférence sont décidés à aller au bout, personne au gouvernement n’a encore montré un quelconque intérêt, ni n’a bougé

Pour autant le travail continue en Pays Basque, avec des outils comme le mouvement citoyen Bake Bidea (“le chemin de la paix”).

 La paix n’est pas simplement la question des politiques. Tout citoyen a le droit, et même le devoir de s’investir, et d’apporter de l’eau au moulin de la paix.

Cette conférence n’était qu’une étape sur un chemin qui sera long, certains diront trop long. mais il faut du temps pour convaincre, surtout pour des gens qui viennent de très loin, qui s’opposaient à nous.

Écoutez l’intégralité de l’interview de Gabi Mouesca

L’intervention de Gabi Mouesca à la Conférence de Paris

 Les autres vidéos de la Conférence de Paris

Bake Bidea a publié sur sa chaîne YouTube l’intégralité des interventions de la conférence de Paris.