Navarrenx – “Le mec qui est derrière sa charrue et qui n’a jamais lu un livre, ça n’existe plus !”

Les samedi 30 et dimanche 31 janvier, “NAVARRENX accueille sa 14ème édition du salon du livre sur le thème du Polar. Pour illustrer le thème du polar et des enquêtes policières, l’association «Terre de Livres» reçoit les écrivains Patrick CAUJOLLE (ancien de la Crim’ de Toulouse) et Philippe GEORGET (journaliste FR3). L’écrivain Gilles VINCENT, sera aussi présent pour mettre en valeur le travail effectué dans ses ateliers d’écritures avec les élèves du Collège des Remparts. Des extraits de textes seront lus par la comédienne et avocate Charlotte ASSEMAT.” bandeau-salon

Déjà quatorze années que le Salon du Livre de Navarrenx côtoie la foire agricole, immuablement, lors du premier week-end de février. Un mariage voulu très fort par la municipalité, et dont Pierre Lecrique, libraire alors tout juste établi dans le village, avait pris les rênes, avec une réussite qui ne se dément jamais d’année en année avec trois mille visiteurs en une journée et demie.

Pierre Lecrique lors de l'édition 2015 avec le chanteur, acteur et auteur Murray Head

Pierre Lecrique lors de l’édition 2015 avec le chanteur, acteur et auteur Murray Head

Il ne cesse de faire l’éloge de toute l’équipe de bénévoles de l’association Terre de Livres, qui organise l’événement, une dizaine de personnes réparties entre secrétariat, communication, logistique, mais c’est bel et bien à l’adresse du nouveau libraire du village qu’il était que Jean Baucou, maire de Navarrenx, glisse lors d’une conversation portant sur un tout autre sujet : “Pourquoi pas quelque-chose autour du livre ?”

“J’ai découvert ce métier à l’âge de dix-huit ans lors d’un stage. Et je voulais m’investir dans ce mouvement qu’on a appelé la démocratisation de la culture.”

Pour le libraire, la culture doit réhabiter les villages, qu’elle a désertés avec sa population dès après Zola, et l’exode rural vers les centres urbains et usines. “Mais je suis aussi intéressé par la thématique du retour”. Aux sources, à la nature, à la ruralité. Pierre Lecrique évoque ainsi pèle-mèle néo-ruraux revenus de la ville, sans vouloir faire un tri sociologique.

Ainsi, avant ce salon du livre, il n’y avait donc rien à Navarrenx pour égayer la foire agricole ?

“Oh si ! Il y avait des animations avec des artisans, commerçants, peintres, sculpteurs, etc., qui faisait tout le tour du village. On appelait ça «le salon des artisans»”.

Pas de folie des grandeurs

“Quand on a voulu créer ce salon du livre, on a essayé de développer  quelque-chose qui soit à la bonne mesure, sans prétentions, en nous disant “on fait un essai, on teste, on fait venir quelques libraires, comme Bachi-Bouzouk de Pau, des auteurs… Et depuis, tous les ans, on se rend compte qu’on ajoute une dimension supplémentaire, une pierre de plus à l’édifice.”

pIMG_7382Côté budget, pas de folies :

“On est très serrés sur le plan financier. Mais avec la réussite des premières éditions, nous avons pu obtenir quelques subventions, qui nous permettent de nous offrir quelques animations.”

Ainsi, l’édition 2014, dont la thématique était baptisée “Paroles et musiques”, a pu accueillir plus d’une centaines de personnes lors d’un grand concert en hommage à Claude Nougaro, avec Christian Laborde. Un coûteux plateau technique !

pIMG_7378

Mais ce salon est avant tout un événement convivial.

“Les gens viennent par amitié, par sympathie. Murray Head, quand il vient, il ne demande pas de cachet ! Les éditeurs aussi reviennent, même si une année ils ont moins bien travaillé que les précédentes, ils savent que c’est un bon salon.
À la fin de l’événement, je vais aller voir chaque exposant, et je leur demande comment ça s’est passé pour eux. C’était pour nous une base fondamentale : que le salon leur permette de bien travailler.
Avec le temps c’est devenu un lieu où tout le monde se rencontre, auteurs, éditeurs, photographes, ça s’élargit désormais à la sculpture et la peinture. On a une petite palette de choses qui sont venues se greffer, et désormais notre salon a trouvé sa bonne formule”.

pIMG_7425“En termes de surface, le salon refuse du monde dans la halle de la mairie. Mais il n’y a pas beaucoup de possibilités pour l’étendre. Soit on met un barnum devant la mairie, soit on en décentralise une partie. Mais nous avons déjà tenté cette dernière option, et ce fut une mauvaise expérience. Le public rechignait à changer de lieu.
Nous avons donc décidé de rester centralisés sur la mairie tout en continuant à développer tout autour des animations et activités annexes comme des expositions, des ateliers d’artisans et d’artistes.
À chaque nouveauté, on fait venir un nouveau public. Le thème de 2015, la gastronomie, a été très porteur. On a très certainement eu un public qui est venu spécifiquement pour le capiteux chef Alain Darroze, Marie-Luce Cazamayou, qui a écrit sur la gastronomie, ou encore Henri Combret sur les vignobles du Jurançon ou autres”.

Le chanteur Peio Serbielle, et Alain Darroze, invité de l'édition 2015

Le chanteur Peio Serbielle, et Alain Darroze, invité de l’édition 2015

Lectures des champs

Allez. Je la pose, la question bête, la caricature. C’est quoi la sociologie des visiteurs du salon ? Les épouses des agriculteurs, bien contentes d’avoir une autre option que la mécanique et les bestiaux, pour une fois ?

“Ici, ce qui m’a le plus étonné, c’est qu’on a toutes les tranches d’âges qui peuvent passer. Généralement des couples, jeunes, âgés, avec enfants, petits-enfants. Il y a le côté aussi découverte et balade. Ce sont deux mondes complètement différents. les machines agricoles et les livres. Mais ce sont tous deux des mondes extraordinaires. Et dans agriculture il y a culture. Et moi je me suis beaucoup battu pour la valorisation de ce terme.
Des gens me disaient : un salon du livre jumelé avec une foire agricole, c’est complètement absurde ! Mais moi je leur réponds : attendez, les agriculteurs sont des gens qui font des études ! Le mec qui est derrière sa charrue et qui n’a jamais lu un livre, ça n’existe plus !
Mon fils a fait des études de forestier, et le niveau de ses études est celui d’un ingénieur !”

Il faut souhaiter que ces lecteurs prennent le soin d’aider leur territoire, recoin de vallée, village isolé, à garder libraires et autres lieux et événements de partage de la culture… démocratisée.